THÈSES SUR LE GROUCHO MARXISME
(1979)
1 Le groucho marxisme, théorie de la révolution comique, est bien plus qu’une recette pour la lutte des crasses : comme une lanterne rouge à la fenêtre, il éclaire la destinée inévitable de l’humanité, une société déclassée. Le G-marxisme est la théorie de la noce permanente. (Mon pote ! En voilà une doctrine au poil.)
2 L’exemple des frères Marx démontre l’unité de la théorie et de la pratique marxiste (par exemple lorsque Groucho insulte quelqu’un pendant que Harpo lui fait les poches). De plus, ce marxisme est dialectique (Chico n’est-il pas l’archétype du comique dialectal ?). Ceux dont le sens comique pèche par manque de synthèse entre théorie et pratique sont a-marxistes (sans parler de ceux qui s’abstiennent de pécher tout court). De tels comiques, qui n’ont pas compris que la séparation n’est que « le charme discret de la bourgeoisie », ont sombré dans l’enfantillage, ou bien dérapé sur leur propre peau de banane.
3 Le G-marxisme étant avant tout pratique, ses réussites ne peuvent être réduites à de simples triomphes de l’humour, du divertissement, ou même de « L’art ». (Les esthètes, après tout, s’intéressent moins à une reconnaissance de l’art qu’à un art qui leur soit reconnaissant). Après avoir vu un film des Marx, le marxiste authentique se dit : « Tu trouves ça drôle ? Regarde un peu ta propre vie ! »
4 Les G-marxistes contemporains se doivent de dénoncer résolument la pâle copie du « marxisme » vulgaire de Monty Python, des Three Stooges, et de Bugs Bunny. Plutôt que de tomber dans le marxisme vulgaire, il faut retourner à l’authentique vulgarité marxiste. Ces rectumfications sont également à recommander aux camarades abusés qui pensent que la « juste ligne », c’est ce que les flics les obligent à respecter quand ils les font se ranger sur le bas-côté de la route.
5 Les marxistes qui ont une conscience de classe (c’est-à-dire les marxistes conscients de n’avoir aucune classe) doivent rejeter la « comédie » narcissique, branchée, et anémique des comiques révisionnistes tels que Woody Allen et Jules Feiffer. La révolution comique a d’ores et déjà renvoyé la névrose au rayon des vieilleries – ludique mais pas saugrenue, pleine de discernement sans être discriminatoire, militante mais pas militaire, et aventureuse mais pas aventuriste. Les marxistes savent qu’aujourd’hui, pour se voir tel qu’on est, il faut se regarder dans un miroir déformant.
6 Il faut faire une distinction entre le G-marxisme et le (sur)réalisme socialiste, bien que celui-ci ne soit pas dépourvu d’éclairs de lucidité. S’il est vrai que Salvador Dali offrit un jour une harpe aux cordes de fils de fer barbelés à Harpo, il n’existe cependant aucune preuve que ce dernier l’ait jamais utilisée.
7 Il est avant tout essentiel de renoncer et de dénoncer tout sectarisme comique, tel celui des trotteurs trots(kystes). Groucho, c’est bien connu, était porté sur le sexe, mais supportait mal les sectes. Il y avait pour lui une différence insurmontable entre la qualité de Trots, et celle d’être bonne à enfourcher au trot. Qui plus est, le slogan Trots : « un salaire pour un travail de bête de somme » pue le réformisme. Les efforts des trots pour récupérer Un jour aux courses et Plumes de cheval doivent être condamnés avec indignation ; en réalité leur genre de vitesse, c’est plutôt le film National Velvet où Elizabeth Taylor gamine est amoureuse de son cheval.
8 La brûlante question à l’ordre du jour pour les G-marxistes est celle du surprise-parti, qui – au contraire de ce qu’avancent les « marxistes » réductionnistes et naïfs – ne se résume pas à l’interrogation « pourquoi est-ce qu’on ne m’a pas invité ? » qui n’a jamais arrêté Groucho ! Il faut aux G-marxistes un surprise-parti discipliné et d’avant-garde, puisqu’ils sont rarement les bienvenus dans ceux des autres.
9 Guidées par les principes de l’anticomportementalisme et du matérialisme hystérique, inévitablement les masses embrasseront non seulement le G-marxisme, mais elles-mêmes.
10 Le groucho marxisme, donc, est le tour de farce de la comédie. Comme l’a dit Harpo, d’après des sources autorisées : “……….”
En d’autres termes, la comédie sera explosive ou ne sera pas !
tant de choses à faire, tant de gens à qui le faire !
À vos Marx, prêts ! Partez !
Vous vous ennuyez encore ? Pourquoi ne pas secouer vos chaînes ? Je propose un dialogue des déshérités, un complot égalitaire, une politique du plaisir. Nous disposons de la puissance anomique du négatif et du rire corrosif. Les plus indisciplinés des patients de l’énorme institution psychiatrique n’ont d’autres armes qu’eux-mêmes. Discutons. Nous avons à choisir entre sédatifs et sédition. Tous les numéros ont leur chance.
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La vie est une farce, l’amour et le travail sont des farces, pourquoi la politique (et la révolution) ne le seraient-elles pas? |
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